Plagiat : tristesse du copier‑coller

Il est 12h47 le 9 septembre 2015. Un cri perçant venu du bureau de Jérôme, notre vénéré Directeur de Production. On a l’habitude d’entendre des bruits bizarres à l’agence et personne ne s’affole vraiment, certains répondent même par d’autres cris. Bestiaux, les cris. Pour tout vous dire, nous sommes plutôt inquiets quand il n’y en a pas.

Sauf que là, le Jérôme, il vient de recevoir un courriel en anglais, en provenance de Russie, au contenu aussi bref que précis :

Date: 2015-09-09 12:47 GMT+02:00
Subject: Plagiarism
To: [email protected]
http://www.lahautesociete.com/contact Your site has been blatantly copied is a link to plagiarists – http://indexstudio.ru/

Bon. Évidemment, ça ne nous met pas dans une super confiance. Après une vérification qui ne prend hélas que quelques secondes, le constat tombe : le site de La Haute Société a été purement et simplement copié-collé.

la haute societe site internet plagiat russe

À gauche c’est nous, à droite, c’est eux.

En interne, l’information circule en quelques secondes, on entend voler noms d’oiseaux  et propos indignés : ne nous le cachons pas, la nouvelle fait l’effet d’une bombe, et chacun se sent un peu souillé. Les collègues partis déjeuner à l’extérieur reviennent et sont informées au fur-et-à-mesure : la plupart d’entre eux pensent à une blague, y compris lorsqu’on leur met le site russe devant les yeux.

Cela paraît tout simplement trop gros pour être vrai.

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C’est fin hein ?

Tout, absolument tout a été copié-collé. À la sale. En mode bourrin. Les urls sont même restées en français : si ça prête à sourire par autant de je-m’en-foutisme, ça n’en génère pas moins une certaine panique dans la « cellule référencement » de l’agence.

La vidéo de la page contact où, sur notre site, Christophe (Directeur Général) est mis en scène devant une cheminée, en train de lire des briefs papier dans une belle robe de chambre, a été remplacée par une vidéo… d’un feu de cheminée. Feu de cheminée sur lequel on voit encore le watermark du stocker. Non mais tant qu’à faire, hein.

plagiat-russe-index-studio_contact

Pépère.

L’image de fond de l’étude de cas Numericable est toujours présente mais mène vers un simple portfolio… Quel genre de vilain petit chenapan sans scrupules faut-il donc être pour se laisser aller à ce genre de pratiques ? La question est posée. La réponse est censurée.

plagiat-russe-index-studio_menu_pop

Hop-la, ni vu ni connu.

plagiat-russe-index-studio_equipe

« Non mais c’est bon, ça va passer ».

Évidemment, premier réflexe épidermique de tout bon geek-techos de service : Twitter. Vite. Ne nous le cachons pas, ça part un peu dans tous les sens et chacun y va de son petit message de moins de 140 caractères. Florilège :

Pendant ce temps, Jojo respire profondément par le nez et procède aux copies d’écrans et screencasts qui pourront toujours servir. Puis se fend d’un courriel aussi courtois que circonstancié à l’attention de ces vils margoulins :

mail plagiat russe
Deux heures plus tard, magie : le site russe n’est plus le même. Ils n’ont laissé que le portfolio.  Portfolio qui s’avère être lui aussi pompé sur une autre agence digitale française. Décidément… Ni une, ni deux, nous les avertissons via Twitter.

Une heure plus tard, néant absolu, le site d’IndexStudio n’est tout simplement plus accessible. Depuis, nos amis russes ont mis en ligne une page d’attente qui n’est ni plus ni moins qu’une belle image scandaleuse de mauvais goût. Depuis lors, leur site est à nouveau en ligne. On vous laisse comparer avec le nôtre…

Comment nous ont-ils trouvé ?

C’est une très bonne question : comment sont-ils tombé sur nous ? Comment en sont-ils arrivés à copier-coller le site de votre agence de conseil en stratégie digitale préférée ? La réponse est simple : notre site a reçu trois belles distinctions :

– « site of the day » Awwwards ;
– « site of the day » CSS design awards ;
– « site of the day » FWA.

Nos amis ont simplement dû passer un peu de temps à benchmarker sur les sites concernés pour nous retrouver.

L’impact pour La Haute

Comme spécifié précédemment, en interne, c’est la consternation qui prévaut. Pour rappel, nous avons mis 5 mois pour imaginer, concevoir, designer et développer notre site internet. Certains d’entre nous on pu y laisser une partie de leurs cheveux, notamment sur la partie référencement naturel. Bref, autant de raisons qui font que voir tout ce boulot lâchement copié-collé est un peu dur à encaisser.

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La nouvelle méthode Assimil pour les traductions franco-russes.

En externe, Twitter fait son petit effet et tout ça à un impact sur les analytics, comme vous le prouve cette copie d’écran.

analytics plagiat

C’est toujours ça de pris.

On peut copier un site de A à Z ?

Non, pas forcément. Mais on peut utiliser des bons gros aspirateurs qui permettent de faire des miracles. Vous associez ça à un peu de reverse-engineering sur le code que nous avions pondu avec douceur, vous secouez très fort et vous obtenez un copier-coller pas vraiment propre.

Que faire quand ça arrive ?

Voici quelques conseils de bon sens :

  • Ne vous ruez pas sur Twitter (ou autre plateforme social media) pour l’annoncer (toussotement).
  • Procédez à des copies d’écran et des screencasts avant toute autre démarche, car il vous faudra prouver le plagiat, qui risque fort de disparaitre une fois que la partie adverse saura que vous êtes au courant.
  • Créez un document ou dossier dans lequel vous aurez pris soin de notez toutes les coordonnées (postales incluses) des malveillants, sans oublier d’aller auparavant éplucher et sauvegarder tous les liens utiles (comptes Linkedin, Twitter etc.etc.) de la société ET des particuliers qui la composent.
  • Une fois ceci fait envoyez un mail circonstancié et poli.
  • Si vous n’obtenez pas de réponse, envoyez un courrier recommandé.
  • Si rien n’aboutit dans un délai respectable, commencez à le faire savoir sur les réseaux sociaux, afin de susciter une réaction de la partie adverse.
  • Si rien n’aboutit contactez l’hébergeur avec un courrier recommandé explicatif, en y joignant vos copies d’écrans, screencasts, et un rappel de la loi sur la proriété intellectuelle.
  • Si rien n’aboutit, vous n’aurez guère d’autre option que de recourir aux voies légales auprès d’un conseil spécialisé (avec constat d’huissier au préalable). Ce qui peut s’avérer aussi long qu’onéreux, et sans aucune garantie de succès. A priori, le bad-buzz généré pour la partie adverse (structure et/ou particuliers qui la constituent) du point précédent servira largement à les dissuader de continuer. Alors certes, ça ne réparera pas le dommage moral ni les gros soucis de référencement que cela a pu engendrer, mais bon…

Notez qu’il existe des outils préventifs comme Continew qui peuvent être utiles, notamment pour les grandes structures et marques.

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Plus fort que le triangle des Bermudes, le triangle de la Volga.

Et finalement ?

Eh bien maintenant on en rigole, tels de vieux grognards fourbus revenus de la Campagne de Russie.

Ambiance au coin du feu, verre de cognac à la main, sourire en coin :
« Ahah dis-donc mon vieux grigou tu te souviens quand les russes nous ont pompé le site en septembre 2015 ?!? Ahah la tête de Zouloux ! On aurait dit qu’il avait avalé son Rubik’s Cube ! »

Cela nous aura permis de ressentir à quel point nous étions fiers de notre travail en commun. Souvent, on n’ a pas le temps de se le dire.
Cette petite épreuve aura au moins eu ce bénéfice.

www.lahautesociete.com

Un article écrit à quatre mains avec Sébastien José Dos-Santos