Tags: ,

Le blues de l’algorythme*

crédit photo : Courtesy of Justina Mintz/AMC

Une histoire de playlist, de découverte pas si nouvelles et d’un algo en PLS. Par Guillaume Langlais, consultant UX.

Nous y sommes. Le confinement épisode 2 : le retour de la vengeance. 

Passé le choc de la faible surprise (ou le faible choc de la surprise, au choix), la vie de bureau à domicile a repris son cours. Les réunions re-deviennent des calls, les calls, eux restent des calls

Alors pour tromper la monotonie de ces sonneries Slack et de ces coupures Skype Entreprise*, vous lancez Deezer ou Spotify. Mais enfer et damnation, même cet échappatoire musical n’est que monotonie. Pourtant, vous avez sélectionné la playlist “Découverte de la semaine” ou votre “Flow”. Las, peu de découvertes et le sentiment d’écouter encore et toujours la même chose. 

Γνῶθι σεαυτόν

Pourtant tout avait bien commencé, vous filiez le parfait amour avec cette playlist qui chaque lundi vous emmenait vers des horizons toujours un peu plus pointus dans ce genre musical qui vous plaît tant. Or, les algorithmes musicaux n’échappent pas aux travers de leurs cousins des réseaux sociaux. A force de vouloir vous servir du contenu qui vous plait toujours un peu plus, vous vous retrouvez dans une bulle, confortable certes, mais une bulle quand-même. 
Le principe de fonctionnement de ces algorithmes a été décrit et décrié sur de nombreux articles, je ne vais donc pas revenir là dessus. En synthèse, on vous présente de la musique que des gens comme vous écoutent. La variante musicale du “Les personnes ayant acheté cet article ont également acheté ceci”. Évidemment, au début c’est formidable, on découvre sans effort de nouveaux artistes, notre expérience d’auditeur passif est contentée, c’est comme une radio mais avec uniquement des titres que j’aime et que je ne connais pas encore.

Et puis, petit à petit, à force de vous cerner de plus en plus, les morceaux se suivent et se ressemblent. A force de remplir vos propres playlist de morceaux divers, d’artistes dont vous ne retenez plus les noms, vous ne savez d’ailleurs plus vraiment dire ce que vous écoutez. 

Il faut alors agir, ne pas se laisser endormir dans le confort de cette ronronnante mélopée. Reprendre les choses en main. 

Sortir des sentiers algorithmiques (ou jouer un peu avec eux)

Bon. Comment faire ? Évidemment, la base c’est d’aller voir ce qui se passe du côté de la playlist des sorties (si si tout au bout de l’onglet parcourir). Évidemment le choix n’est pas pléthorique, mais cliquer au hasard sur une vignette d’album peut déjà amener un peu de surprise (en bien ou mal, là n’est pas la question, au moins, maintenant, vous savez).

Une autre option, celle que je préfère, c’est d’aller chercher ce qu’on me proposerait si j’étais un autre. En bref, repérer quand un contact écoute sa playlist découverte de la semaine (via le panneau social de droite – pour Spotify), aller voir, écouter, et si c’est intéressant, s’y abonner. Le champ des possibles s’ouvre à nouveau un peu. Le mieux c’est si l’un de vos contact écoute la playlist d’un ses contacts. Là ça devient un peu n’importe quoi et ça fait plaisir. 

Enfin, si vraiment vous en voulez, fixez vous un objectif. Du type “la scène rap au Japon c’est quoi ?” ou “le free jazz c’est cool en fait ?”. Vous prenez le premier article que vous trouvez le net et allez écouter les artistes un à un. D’ailleurs en écrivant ces lignes je tombe sur Kohh, rappeur nippon, pas mauvais, assez pour être invité par Frank Ocean sur un remix (mais je m’égare)

Normalement à ce stade, votre algo personnel est en PLS, mais après tout, vous êtes là pour ça. 

Votre algo en fin de journée

Non mais pourquoi ?

C’est vrai ça, après tout, pourquoi ? Pourquoi cet article ? En quoi est-ce un problème ? Peut-être parce que si vous ne découvrez plus grand chose de nouveau la playlist fini par mal porter son nom. Peut-être parce que sortir des sons que vous écoutez tout le temps vous apportera une bonne surprise. Parce qu’il y a du bon et du mauvais partout. Qu’à défaut de sortir de chez soi on peut sortir de ses habitudes, prendre le temps d’écouter des trucs nouveaux, différents, aimer ou pas, être surpris ou pas. 

Je vous épargne le couplet philosophique mais ca marche avec le reste.

Ado je pensais que Nirvana c’était un truc de bourrin débile, ma première écoute de Nevermind m’a mis une belle claque. Longtemps je clamais que la seule chose que je ne pigeais pas en musique c’était le jazz, j’ai rédigé une partie de cet article en écoutant que ça. 

Bon évidement, peut être que vous n’écoutez pas de musique. 

Le silence c’est bien aussi.


* Application de dialogue avec générateur de coupure aléatoire.

*”Han, il a fait une faute dans le titre !” C’est un jeu de mot, vilain.