La fête du balai

Aujourd’hui c’est la Fête du Balai à l’agence.

Sur fond de musique adéquate, Alban reçoit une décoration-souvenir, qui mêle savamment élégance classique et avant-garde.

Alban vient de recevoir son Balai D’Or et s’apprête à faire un discours commémoratif qui restera dans toutes les mémoires. L’émotion était telle qu’elle a embué aussi l’objectif du photographe en plus de ses yeux.

Trois ans déjà.
Yeux humides, voix chevrotantes, regards lourds de souvenirs : c’est toute la palette des émotions qui cimentent l’unité d’un groupe que l’on sent traverser l’agence, dans un moment tutoyant le Sacré.

Gros plan sur l’oeuvre commémorative, création du célèbre Snoopinovitch Diasinsky

Regards interrogateurs de l’autre côté de l’écran : “mais de quoi il parle lui, là ?!?” ?

FLASHBACK

27 janvier 1015. 9h04.

Les lumières blafardes d’un hiver rigoureux peinent à percer les lourds nuages qui planent au dessus de Grenoble comme autant de mauvais présages.

Au sein de l’agence, la journée a mal commencé.
Le Wi-fi, en panne pour une raison indéterminée, cause des crises de panique chez les consultants, qui n’ont toujours pas trouvé la prise ethernet de leur bureau.
La sacro-sainte machine à café est en plein cycle de nettoyage depuis l’arrivée pourtant tardive (5h37) du directeur de production. Toute torréfaction sera impossible pendant la matinée : plusieurs collaborateurs plongent dans un semi-coma, parfois accompagné des symptômes traditionnels du manque (spasmes, tentatives de chorégraphie zouk, déclamations en latin, battles de slam, a capella de “Tata Yoyo” en allemand, …).

Faute de pouvoir avoir sa bassine de café, Maxime C. s’est endormi en sursaut avant de pouvoir atteindre la Grande Salle de Réunion.

10h14

Les visages sont tirés, le manque de café affecte toute l’agence.
Un silence de cimetière-gothique-baigné-dans-une-brume-épaisse-avec-une-chouette-qui-hulule-au-loin se répand tel un maléfice vaudou insaisissable.
En lieu et place des rires et boutades habituelles, l’agence baigne dans un bruit de fond où se mêlent râles de douleurs et soupirs lugubres. Dans un geste désespéré, Jojo tente le tout pour le tout : un enchaînement “Scatman / Cotton eyed Joe” à fond la caisse sur la sono de l’entrée.
En vain. La sourde inquiétude devient une menace palpable.

Pour renforcer l’effet, faites vous-mêmes le hululement de la chouette.

10h36

Alban, directeur technique en chef, bataille encore et toujours contre ce wi-fi retors. Mais ce n’est pas tout. Alerté par une odeur étrange, il se précipite dans la salle serveur. Son souffle se coupe instantanément : un DNS à delco inversé s’est mis en roto-phase après le pontage d’un script PHP propulsé par Spip.
C’est du sérieux.
Et il n’y pas 36 solutions : Mawashi-Geri lifté, avec application mobile d’un baume au camphre en psalmodiant une prière responsive à Sainte Rita. Réservé aux professionnels aguerris.
Malgré les risques encourus, Alban tient bon, et au sortir d’un combat acharné, il quitte la salle serveur suant, haletant, en direction de son bureau. Quel meilleur remontant qu’un Pitizécolier ® (édition limitée “saveur triple chocolat suisse XXL”) pour se remettre de telles émotions ?!
Un voile blanc passe sur ses yeux et son souffle se fait court : les Pitizécoliers ® sont restés sur la table de la cuisine ce matin. Zut. Et pas la moindre tablette de Milkandela ® à se mettre sous la dent.
Se remémorant son passé de codeur dans le détroit du Médonkey-Kong pendant la guerre du Mac-Bouc , Alban sait qu’il ne  reste qu’une chose à faire : respirer par le nez et penser à autre chose. Alors autant retourner dans la salle serveur pour nettoyer.
Un rapide détour par la cuisine pour empoigner le balai de l’agence, et le voilà parti rendre à la salle serveur son immaculée propreté habituelle.

Alban est chocolat devant la pénurie de chocolat (allégorie).

11h12

Un cri.
Un cri strident provenant de la cuisine, qui fait se redresser instantanément tous les haut-sociétaires avachis sur leur bureau la bave aux lèvres. Tout le monde accoure pour découvrir Alban, prostré devant la fenêtre, secoué par des spamses où se mêlent jurons et fou-rires nerveux.
Lorsqu’il se retourne, tous les yeux fixent sa main levée devant lui. Il tient un manche de balai.
Passé l’étonnement premier, chacun comprend bien vite que le balai lui-même doit être 4 étages plus bas. Des bruits de foule proviennent justement par la fenêtre encore grande ouverte.
En bas, des enfants en pleurs, des femmes et des hommes secoués par de lourds sanglots, forment un cercle autour d’une Renault Megane, fort heureusement déjà à l’arrêt au moment du choc, et dont le capot enfoncé forme comme un œil qui regarderait encore là-haut, pour chercher son agresseur.

Un léger attroupement commence à se former au croisement Alsace-Lorraine/Gabriel Péri.

11h36

Rédaction du constat d’accident, après un coup de fil rapide à l’assureur pour savoir comment on fait pour remplir comme il faut des cases où il est question de balai qui passe par une fenêtre pour venir mourir sur une voiture.
Et pas n’importe quelle voiture. Tant qu’à faire, celle de la responsable de la gestion locative de nos locaux.
Véridique.

Le “mug shot” pris par le SSCERGI (Services Secrets du Contre Espionnage du Renseignement Général Intérieur). On fait pas trop le malin.

Exclusif !

Et pour la première fois, voici les originaux du constat, enfin déclassés par les Services Secrets du Contre Espionnage du Renseignement Général Intérieur.

Un rappel des forces en présence pour ce choc des Titans

 

On imagine la tête de l’assureur qui reçoit ça.

 

Un témoignage insoutenable. Mais le devoir de mémoire reste plus fort que tout.


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